Fakta 23
Dans un précédent article, j’ai écrit qu’il coéxistait 2 langues norvégiennes, ainsi qu’une troisième langue, le sami. C’est une langue qui est principalement parlée au nord de la Norvège par le peuple du même nom. La langue samie est aujourd’hui reconnue comme une langue co-officielle dans le nord de la Norvège, mais ça n’a pas toujours été le cas.
- Qui sont les Samis?
Les Samis sont le seul peuple autochtone officiellement reconnu en Europe.
Ils vivent depuis toujours dans les régions arctiques et septentrionales du nord de l’Europe, répartis entre la Norvège, la Suède, la Finlande et la péninsule de Kola en Russie.
Bien que séparés par des frontières, ils ne forment qu’un seul peuple, uni par une culture, une histoire et un drapeau. Leur population est estimée entre 80 000 et 100 000 personnes, la plus grande communauté vivant en Norvège, dans le comté du Finmark.
- Leur mode de vie auparavant
Leur mode de vie reposait sur une symbiose totale avec la nature arctique.
Ils vivaient essentiellement de l’élevage de rennes, de pêche et de chasse.
Les éleveurs étaient semi-nomades et suivaient les migrations naturelles des troupeaux au gré des saisons.
- Leur mode de vie aujourd’hui
Le mode de vie du peuple sami est aujourd’hui ancré dans le XXIe siècle.
Seulement 10 % de la population vit encore directement de l’élevage des rennes. Beaucoup travaillent dans des secteurs variés de l’activité économique.
Les éleveurs de rennes contemporains utilisent désormais des motoneiges, des quads et des drones pour suivre et rassembler les troupeaux dans les immenses espaces de la Laponie.
La modernisation est coûteuse. L’obligation d’investir dans ces technologies modernes poussent les éleveurs à agrandir la taille de leurs troupeaux ou de chercher des sources de revenus complementaires.
La communauté samie est la plus active en Norvège. On compte un peu plus de 3000 personnes qui travaillent dans la filière et qui gèrent un cheptel d’environ 200 000 à 220 000 rennes.
- Une politique de « norvégianisation » forcée ou fornorsking au XIXe siècle
De la moitié du XIXe siècle jusqu’aux années 1960-1970, les Samis subissent une assimilation forcée à la langue et à la culture norvégienne.
Ils n’ont pas le droit de parler leur langue et doivent apprendre le norvégien. Le fornorsking vise à éradiquer la langue, la culture et l’identité samie pour imposer une uniformité nationale. La politique est alimentée par des théories de hierarchisation raciale. La culture samie est présentée comme primitive.
- L’école, la principale arme de l’État.
À partir de 1900, L’état norvégien entreprend la construction un vaste réseau d’internats, en particulier dans le Finmark.
Les enfants sont retirés de leur famille dès l’âge de 7 ans pour vivre une grande partie de l’année dans ces écoles. Les élèves n’ont pas le droit d’y parler le sami. Les cours sont dispensés uniquement en norvégien par des enseignants qui ne maîtrisent pas la langue maternelle des enfants. Les enfants surpris à parler dans leur langue maternelle subissent des châtiments corporels ou des humiliations psychologiques.
Cela brisera les liens intergénérationnels entre les enfants qui oublieront leur langue maternelle, et leurs parents.
- L’assimilation par des barrières économiques
L’État norvégien décrète par une loi en 1902 que seules les personnes capables de parler, lire et écrire le norvégien couramment et portant un nom norvégien, ont le droit d’acheter ou de posséder des terres agricoles. Résultat: l’État s’approprie la quasi-totalité des terres ancestrales samies. Pour survivre, de nombreuses familles sont forcées d’abandonner leurs noms de famille et de cesser de transmettre leur langue à leurs enfants.
Les samis sont aussi obligés, par le biais de lourdes restrictions administratives, de s’aligner au modèle agricole norvégien sédentaire.
- Le tournant
Le tournant commence avec la révolte d’Alta entre 1979 et 1981. Une serie de manifestations massives sont alors menées par les samis contre la construction d’un barrage hydroélectrique sur leurs terres ancestrales. Bien que le barrage soit construit, cet événement déclenche une prise de conscience nationale.
Le roi Harald V présente le premier les excuses officielles de la couronne en 1997.
Il faudra attendre novembre 2024 pour que le parlement vote des excuses historiques au peuple sami pour des décennies de marginalisation et d’assimilation forcée subie.
- Un harcèlement persistant
Les préjugés racistes hérités du XIXe siècle n’ont cependant pas disparu. Le 14 janvier 2025, le gouvernement norvégien a dû déployer un plan d’action d’urgence car les Samis continuent de subir un taux élevé de discrimination et de harcèlement quotidien au sein de la société norvégienne. Ce plan propose 32 mesures concrètes pour enrayer la hausse des discours de haine.